Lorsque Vincent Peillon, aussitôt nommé, lança le grand chantier de la refondation, il était clair que la priorité des priorités était l’école. Personne ne s’en plaignit. Heureusement, me direz-vous ! En fait il traduisait cette volonté louable de reprendre l’ensemble du système éducatif par la base. C’est-à-dire, par l’école primaire, sans omettre les classes enfantines. Recevant le Snceel, Jean-Paul Delahaye, alors Directeur général de l’enseignement scolaire, nous le rappela peu avant Noël.

Plus encore qu’une refonte des fonctionnements, depuis l’évaluation jusqu’à l’élaboration des programmes, la refondation  dessinait le contour que le ministre voulait donner au système éducatif. Les professeurs regrettaient que des réformes fussent décidées sans aucune concertation. Il y aurait désormais des temps de réflexion et des mesures d’accompagnement  seraient mises en place. Le socle commun  était trop lourd et chronophage : il serait allégé. La réussite éducative passerait par une reconsidération du temps scolaire : une demi-journée supplémentaire viendrait compléter la semaine de travail des élèves du 1er degré. Et à terme, la vague massive des décrocheurs se réduirait.

Mesures éducatives fortes, incidences économiques positives, déclarations rassurantes, notamment lors de la Convention de l’enseignement catholique à Vincennes les 2 et 3 juin 2013. Le ministre poursuivait son chemin de la refondation. D’aucuns disaient de la « réformation » !
Toutes ces mesures, déclinées aussi bien dans la presse que lors des interventions du ministre au Conseil supérieur de l’éducation, faisaient l’unanimité. Certes des aménagements viendraient ponctuer telle ou telle mesure, mais globalement, les projets de Vincent Peillon ne rencontraient pas d’opposition. Ou si peu.

Puis arriva la réforme du temps scolaire, la mal nommée. Du temps scolaire, on passa aux rythmes. Et c’est là que tout a basculé. Des lourdeurs administratives et surtout budgétaires s’abattirent sur le projet. Des aménagements apparurent qui ne faisaient que retarder la mise en application des décisions. Des villes se déchirèrent autour du projet. Certaines l’appliquèrent rapidement. Las. Le mal était fait. Les finances ne suivaient pas. Le forfait de cinquante euros promis par élève se révéla bien insuffisant.

Le fonds dit d’amorçage pour l’enseignement privé sous contrat allait-il accompagner durablement la mise en œuvre ? Bref autant de constats, de déceptions, de colères
et il arriva ce que l’on sait.

Vincent Peillon avait imaginé une refondation. Les rythmes scolaires l’ont tuée. Exit le ministre. Il était le… 124ème depuis 1828 ! 2012-2014 : deux ans où tout aurait pu changer. Le système continue malgré tout. Au CSE, lors d’une seconde consultation, la réforme du temps scolaire a été repoussée avec plus de véhémence que lors du premier vote. Mais elle sera mise en place.

Un ancien ministre parlait du « mammouth » ! Sans doute pensait-il au volume des effectifs ! Mais à n’en pas douter, il se référait au poids de l’animal ! Vraiment, le système éducatif est-il à ce point si lourd qu’il est irréformable ?

Après les espérances de la refondation, nées lors des grandes réunions de concertation de l’été 2012, vint le fatalisme.  Les textes officiels se succèdent à  la même cadence que les rapports. La circulaire de rentrée mentionne des objectifs à atteindre. Mais c’est de nouveau aux professeurs, et à eux seuls, de se donner les moyens d’y parvenir.

En arrivant au ministère, Benoît Hamon prend la situation très au sérieux, vu le contexte politique que l’on sait. Mais quoi qu’il fasse, on se rend vite compte que l’éducation n’a plus la priorité qu’elle avait. Le sujet n’est intervenu dans le discours du Premier ministre que quarante minutes après le début de son intervention. Faut-il y voir une certaine prudence qui consiste à dire qu’on fait confiance à la loi ?  Un système aussi inégalitaire semble pourtant encore avoir de beaux jours  à vivre. Un jeune sur sept effectue le parcours « primaire – premier emploi » sans faute ! Alors, où en est-on du continuum pédagogique ? Où en est-on de la remédiation à l’échec scolaire ? Comment intégrons-nous les enfants porteurs de handicap ? Sur quelles bases ? Autant de questions qui continuent d’être posées mais qui ne trouvent pas réponse.

La pire des choses, après cette ouverture qu’annonçait la lettre à tous les personnels de l’éducation nationale de juin 2012, serait de se dire qu’il y a peu à attendre du nouveau ministre. Gageons que dans dix-huit mois (temps moyen d’occupation du fauteuil rue de Grenelle) il y aura une passation de pouvoir !

Didier RETOURNÉ
Secrétaire