Le 31 décembre 1959, Michel Debré, Premier ministre, parvenait, après des semaines de débats houleux, à faire voter la loi qui restera associée à son nom : celle qui inscrivait, pour la première fois dans les textes, la « liberté de l’enseignement », et proposait à toutes les écoles privées qui le souhaitaient de passer avec l’État un « contrat d’association ».

Cette loi a connu un succès très rapide : la quasi-totalité des établissements catholiques ont passé ce contrat avec l’État, d’autant plus facilement qu’il leur garantissait un certain nombre de libertés, notamment celle de choisir leur pédagogie, leur équipe, et de conserver leur « caractère propre ». Elle contenait néanmoins en germe le risque pour ces établissements de finir par être intégrés dans l’éducation nationale.

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge !”

Que cette citation soit de d’Antigone II Doson ou de Voltaire, elle est toujours d’actualité au sein de l’enseignement libre tant le poids du système reste substantiel et la subsidiarité, un concept doctrinal plus proclamé que vécu.

Alors que nous allons célébrer les soixante ans de la loi Debré, la crainte est que la centralisation de l’enseignement privé nous conduise, malgré nous, à une intégration rampante à l’enseignement public. C’est ainsi que le chef d’établissement de l’enseignement libre a le privilège d’être administré deux fois ! Pain béni pour le ministère de l’Éducation et ses « petits » recteurs qui transmettent leurs directives par la voie hiérarchique et s’évitent de nombreuses résistances et contestations.

Pour que notre école ne devienne pas l’école privée… de liberté et que nous ne soyons pas entraînés dans une voie de soumission et d’inféodation contraire à la culture de l’association, faisons le pari de la diversité et de l’addition des différences.

La richesse de l’enseignement libre est justement de ne pas être une Haute administration dont l’inaction et la non-décision s’érigeraient en système, échappatoire commode pour des acteurs institutionnels affaiblis. C’est parce que la loi Debré contractualise les rapports entre l’État et les établissements privés de manière à garantir la liberté d’enseignement qu’il faut absolument bannir de la gouvernance comme du pilotage tout réflexe jacobin.

L’éducation nationale, constatant les impasses que rencontre aujourd’hui son pilotage centralisé, engage le système éducatif français dans la voie de l’autonomie. Il doit alors pouvoir prendre exemple sur des chefs d’établissement qui ont appris à résister aux injonctions paradoxales et aux inflations administratives. Non seulement le chef d’établissement snceelien défend « sa boutique » mais il participe à l’effort de la Nation vers plus d’autonomie : bravo !

 Arnaud Patural

Premier vice-président